Le verre de Murano dans tous ses éclats

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Venise n’a pas de banlieue mais une lagune qui s’étend vers le Nord, marquée par l’artisanat du verre soufflé : c’est à Murano que les ateliers des verriers furent transférés au XIIIe siècle pour prévenir les risques d’incendie liés à l’emploi des fours, et dans le but de garder secrètes leurs de techniques de fabrication. Leur technicité et leur créativité n’ont eu aucune limite : verre plaqué puis émaillé, invention du cristal, millefiori ou verre multicolore, puis blanc lattimo, connu pour son opacité qui le confond parfois avec la porcelaine de Chine, les verres de Murano se sont déclinés sous toutes leurs formes depuis des siècles.

Nous sommes en Février. Dans l’espoir d’assister nous aussi au spectacle, nous partons pour l’île des verriers. Peu de touristes partagent avec nous ses ruelles. Le vaporetto nous a laissé, le temps d’un trajet, imaginer l’éventail de ce savoir-faire unique qui a fait pendant si longtemps la notoriété des verreries de Venise. Nous la mesurons déjà à l’arrivée, tant il nous est facile de trouver l’atelier d’un souffleur. La démonstration débute.

De son four, il commence par sortir une matière en fusion, et amorce déjà la métamorphose. L’énergie incandescente brute devient délicatesse : il l’étend sur une table plane du bout d’une canne, et commence par lui donner forme par rotation.

Puis le maître verrier souffle dans la tige métallique : une boule se modèle.

Au centre, un kaléidoscope fait tourner la tête.

Semblable à un véritable apiculteur, le maître souffleur joue avec le verre comme avec du miel : la silice en fusion, coulante et dorée, fait oublier la rigidité du matériau. Dans ses mains, le verre indomptable devient pourtant malléable, façonné en quelques secondes par ses gestes précis. Entre le monde du liquide et du solide, le verre indécis hésite, puis se fige : c’est dans une vraie géométrie des couleurs qu’il révèle progressivement les différents oxydes, avant que la matière fugitive ne finisse par emprisonner le pigment à vie.

Il répète son art plusieurs fois puis sa créativité se promène finalement sur la forme d’un cheval, avant qu’il ne parte au galop lui aussi sous le regard des touristes.

Dans son atelier, à l’arrière, chaque création laisse deviner sa technique et apporte sa propre fantaisie. Des verres calcédoines aux reflets bruns, ambrés et chatoyants, des poissons transparents ou colorés, des formes élancées ou arrondies, mais aussi des services entiers, torsadés, craquelés, ou filigranés…

L’esprit d’époque et du luxe de Murano n’est pas si loin.

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