Burano, l’île à la dentelle et aux mille couleurs. 

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Un jeune pêcheur de Burano part en mer avec son équipage, triste de laisser sa fiancée restée sur l’île, mais lui promet son retour bientôt. En chemin, un chant irrésistible se fait entendre, et les marins sont immédiatement attirés par ces voix enchanteresses. De leur charme trompeur, des créatures à tête de femme et corps de poisson les ensorcèlent les uns après les autres. Ils meurent tous noyés jusqu’à ce qu’il ne reste plus que lui. 

Si amoureux de sa fiancée, il est le seul marin à avoir résisté au piège des sirènes tentatrices. Impuissantes à le séduire, elles décident alors de récompenser sa fidélité. En disparaissant sous les eaux, elles font surgir un voile d’écume qui se solidifie aussitôt : le futur voile de la mariée sera d’une légèreté incomparable, et à la dentelle surnaturelle. 

C’est l’image d’un mythe que les siècles ont déjà morcelé en mille et une facettes depuis, mais le conte des sirènes a aussi inspiré les brodeuses de l’île. En effet, à partir du XVe siècle, la pêche n’est plus le centre de l’activité à Burano, et se développe très vite l’activité dentellière sous l’impulsion des habitantes. Elles créent le punto in aria, le « point en l’air », seul point de broderie capable de permettre la perfection d’ouvrage qui leur rappelle le voile de la mariée légendaire. En jouant sur les reliefs et la transparence, le nouveau point à l’aiguille assure très vite la réputation de la dentelle de Burano qui franchit les limites de la Vénétie pour se propager dans l’Europe entière. Burano connaît alors des années prospères…

Aujourd’hui, l’ouvrage de la dentelle est majoritairement mécanisé mais l’île de poche cultive toujours un sens aigu de l’esthétisme et du charme italien. Si nous sommes aux antipodes des somptueuses façades de Venise, ce sont de charmantes maisons de pêcheurs collées les unes aux autres au bord des canaux, dans une explosion de couleurs. Considéré comme le village le plus coloré du monde, Burano surgit des eaux tristes avec ses maisons sous des airs de bonbons jaunes, verts, bleus, rouges ou ocres… Un vrai tableau qui se peint devant nos yeux, sans aucune demi-teinte. Ce ne sont que des couleurs vives repeintes chaque année, comme l’exige la loi.

Le long des canaux, les barques vacillent doucement, accostées sagement devant chaque maison.

Nous y avons dédié l’après-midi : loin du tourisme de Venise le cadre est à la flânerie, et c’est presque une promenade dans une boîte à crayons de couleurs. On s’accorde alors des heures de hasard et on déambule à se perdre dans les ruelles de l’île, à la seule cadence des peintures qui rythment la promenade.

Puis, sur l’île arc-en-ciel on cède rapidement à la gourmandise. Sur les tablettes de pâtissier, des Bussolai o Essi, en forme de couronne ou de S… Traditionnellement cuits dans un four à bois, la recette reste inchangée et authentique comme aux temps anciens. Aujourd’hui, elle est consommée tout au long de l’année et ses oeufs frais en belle quantité sont le symbole de la Résurrection pour les fêtes de Pâques.

Entre deux biscuits vénitiens, les spécialités de Burano viennent parfaire le régal des yeux.

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