Une terre de cascades

Articles Islande

En plein mois de Décembre, les rigueurs de l’hiver ont déjà transformé les paysages : les flocons ont argenté tous les arbres, et un réseau de glace a recouvert la surface de l’île.

La neige a presque endormi tous les échos : mais le son de l’eau reste omniprésent et l’île des Vikings regorge toujours de trésors en cascades comme s’il en pleuvait. Entre les grondements de chutes plus majestueuses les unes que les autres et le cliquetis de cascades plus timides, c’est une succession d’avalanches aquatiques qui répètent leur mélodie à l’infini. La fonte des glaciers, comme une goutte d’eau qui fait déborder chaque année toute la magie photogénique de l’Islande, a galvanisé sa beauté et se déploie en multiples torrents.

Aujourd’hui la bruine est fraîche, mais les rafales de vent la rendent collante. Aux portes du cercle polaire, le froid ressenti se fait pénétrant, presque piquant. Il est dix heures. Les pas se font prudents au sol, tentant de reconnaître la chute avant d’y céder. Les crampons obligatoires, pour éviter les situations périlleuses près de la cascade, là où tout est verglacé.

Skógafoss se jette de ses falaises à flots vertigineux… Devant nous c’est un épais rideau d’une soixantaine de mètres de hauteur, le mur d’eau se déversant en imposantes colonnes dans un flot assourdissant. L’aquilon souffle fort et soulève jusqu’aux embruns les plus espiègles à des dizaines de mètres de la chute pour tremper les visiteurs de la tête aux pieds. Il éclabousse même de blanc les versants escarpés, et l’on comprend les stalactites qui pendent en pleurs pétrifiés à ses côtés. Des dizaines de mouettes marines à bec jaune, habituées à nicher sur ces hauteurs, volent en cercle en riant à gorge déployée. Le vacarme se mêle aux bruits de la nature.

A sa droite, une passerelle métallique surplombe la cascade juste avant son grand plongeon et quatre cent vingt huit marches séparent du sommet. Du perchoir, la vue offre un spectacle qui reste en mémoire. Alors que les flocons continuent de couronner l’horizon, il ne manque plus que sa petite soeur, et voisine : mais Seljalandsfoss est encore un peu loin…  Il faudra faire un peu de chemin avant de la voir elle aussi tomber sur son lit de pierre.

Lorsque nous arrivons sur place, un bassin creusé à sa base recueille le volume avec brumes et éclaboussures. Mais en cette saison, le givre nous interdit d’emprunter le célèbre renfoncement dissimulé derrière elle. Si ce sentier a fait la renommée du site, il est aujourd’hui recouvert de verre blanc, le danger trop glissant, et il est alors trop risqué de tomber dans l’eau glacée.

Le jeu des cascades nous plonge ensuite au coeur de toute la singularité des paysages islandais. Des concrétions d’orgues basaltiques, formées par un très lent refroidissement de la lave, encerclent la « Cascade Sombre » . Leur couleur passe du brun à un noir profond. Au centre de ces colonnes hexagonales en arrière plan, Svartifoss et son mince filet d’eau s’y déverse parmi ce qui semble pendre comme les tuyaux d’un orgue, par-dessus le bord d’un amphithéâtre en forme de fer à cheval. Ce n’est ni sa taille ni son débit qui a fait la renommée de Svartifoss, mais bel et bien ses sculptures minérales dans lesquelles les islandais aiment encore y voir une cathédrale de trolls, peuple invisible de la mythologie nordique.

Le lendemain, il recommence à neiger quand le vent polaire fouette férocement nos visages. Pendant la nuit, la neige épaisse a rechargé le sol glacé. A quelques heures de Svartifoss, une autre force impressionnante se mêle au blizzard et aux tourmentes de neige : Gullfoss et sa succession des deux larges cascades qui la composent, plongent dans les gorges comme si la tempête renforçait sa violence. En contrebas, elle éparpille dans l’air une poussière d’écume en mousselines. Mais aujourd’hui le temps n’est pas à l’arc-en-ciel, et l’on en vient presque à douter du phénomène si fréquent qui le chapeaute, jusqu’à en avoir baptisé son surnom.

TAG
RELATED POSTS

LEAVE A COMMENT