Dans les entrailles du glacier

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C’est une atmosphère froide et sauvage, tout semble s’accorder. Aucune perturbation ne vient titiller cette aquarelle.

Dans cette étendue de blanc, le silence se mêle aux regards qui divaguent, et les pensées s’envolent : aussi imposant que ce glacier puisse paraître, Vatnajökull est pourtant voué à disparaître. Dans un lent compte à rebours, les effets du réchauffement climatique induiront la fonte de l’intégralité du champ de glace sur lequel nous nous trouvons d’ici deux cents ans. Ainsi lentement flétri par le temps, cette beauté éphémère offre une toute autre expérience avec le froid : après la marche, au coeur du givre le plus mordant se découvre une beauté inhumaine enfouie dans les entrailles du glacier.

 

Comme un moulin, l’eau de pluie et l’eau de fonte des glaciers en été creusent de longs tunnels dans l’épaisseur des calottes glaciaires, acheminées comme des ruisseaux en formant des crevasses, pour ensuite se cristalliser avec l’arrivée du froid à l’automne.

Si l’Islande est réputée pour ses chutes d’eau couronnées d’arcs-en-ciel, ses paysages féériques et ses lumières nocturnes descendues tout droit des étoiles, chaque année des grottes glaciaires de tailles et de formes variables naissent ainsi à différents endroits pour rajouter encore un peu de magie sur l’île. N’obéissant qu’à la nature, elles changent en permanence au gré du climat, connu pour être indécis en Islande. La différence peut s’exprimer à quelques jours d’écart : une vague de froid rendra la grotte plus étroite et difficile d’accès, dans une caverne peau de chagrin, et hérissée d’impressionnantes stalactites. De l’autre côté, des températures plus douces suffiront à éroder une partie de la grotte et à en agrandir son volume intérieur.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à vouloir nous offrir le grand frisson et s’engouffrer dans la caverne de glace. Même si le fond de la cavité gelée est étroit, la lumière tourmaline presque envoûtante nous fait oublier l’affluence.

La grotte de cristal est incroyablement belle vue de l’intérieur. La rencontre d’exception réveille pêle-mêle quelques souvenirs imprécis d’images vues dans les magazines.

Sous la forte pression, la glace ne contient aucune bulle d’air. La quasi-totalité de la lumière du jour est ainsi absorbée et ne laisse visible que la couleur d’un ciel de glace, presque vernis, d’un bleu pur comme au début du monde. La nature est à l’état brut. Une longue période de pluie a dû balayer la couche de neige à la surface de Vatnajökull, réunissant les conditions pour admirer le nuancier bleu dans l’ensemble de ses tons.

A gauche de l’entrée, un puit de lumière capte la luminosité naturelle par un trou, et éclaire partiellement la pièce aveugle.

Parfois, quelques gouttes d’eau tombent du plafond de verre, nous rappelant avoir comme un immense lac gelé au-dessus de nos têtes : ici, le paysage ne ressemble à rien de connu sur terre.

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