Hué, l’Impériale

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« C’est ici ! Vous êtes français ? »

Elle a reconnu de loin notre regard perdu dans les ruelles et ne tarde pas à nous faire signe d’entrer. Nous savons l’adresse recommandée par de nombreux guides francophones, et les quelques graffitis que l’on aperçoit rapidement laissés par les cohortes de routards ont peine à grignoter le charme étrange de l’endroit. Très vite, elle nous installe à une table près d’un ventilateur qui bourdonne sous la chaleur.

Le long de la Rivière des Parfums où des échoppes de poissons patientent à l’ombre des arbres fruitiers, là où l’air est plus léger, nous avons décidé de nous arrêter ici, dans une ruelle paisible loin du vacarme de la ville d’Hué.

« Vous êtes ici pour la Cité Impériale ? »

Tenu par une charmante famille de sourds-muets, seule la propriétaire du restaurant aborde les touristes dans un français parfait. Elle commence à exécuter notre commande sous nos yeux, tandis qu’elle a plaisir à nous parler de sa ville. Nombreux sont les touristes qui consacrent une halte dans la fraîcheur de son restaurant, sur le chemin de la visite de l’Enceinte impériale…

Située au centre du Vietnam, Hué est l’ancienne capitale des empereurs et permet un vrai plongeon dans l’histoire du pays : forte de son empreinte royale, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses monuments ont abrité les plus grandes dynasties qui n’ont cessé d’inspirer poèmes et contes romantiques. L’endroit est culturellement très important au Vietnam car il renferme ainsi les plus beaux trésors historiques du pays, mausolées, pagodes et les plus fastueux tombeaux royaux…

La Citadelle Impériale doit également son charme à sa proximité avec la rivière Song Huong, la Rivière des Parfums, pittoresque quand il fait beau, l’accès principal à l’enceinte se nimbe de mystère les jours les moins radieux. C’est du Sud, par les remparts extérieurs de la citadelle, que l’on accède à cet ensemble disparate de palais et de pagodes méticuleusement restaurés, de ruines et de décombres. L’entrée par l’impressionnante porte Ngo Mon, accroît le sentiment d’exaltation lorsque la visite commence…

 

Les plats arrivent rapidement et le salé, le sucré, et l’aigre défilent sous nos yeux.

Nouilles croustillantes au boeuf, banh khoai garnie de crevettes, porc, oeufs et pousses de soja, signent la cuisine du Centre du Vietnam, véritable fruit de l’équilibre et du mariage des saveurs. On devine la cuisine impériale éduquée au fur et à mesure à transformer les humbles produits de la terre en mets de choix pour un empereur gastronome, qualité d’héritage certaine de la cour de Hué. A la table voisine, du porc qui a mijoté dans un pot en terre est servi avec une sauce caramel amère, tandis qu’une soupe de vermicelles au boeuf, orangée à cause du piment et du rocou, incarne encore la prédilection du Centre pour les plats relevés.

 

Une fois à l’intérieur, le palais Thai hoc et ses incroyables colonnes en bois de fer fait face à une petite cour, encadrée des deux salles des Mandarins, qui servaient de bureaux et de vestiaires de cérémonie. A proximité, on parcourt les sentiers du ravissant jardin Co Ha, parsemés de centaines de bonsaïs et de plantes en pots. C’est un véritable musée à ciel ouvert, imprégné d’histoires et de rêveries médiévales.

Quelques bassins remplis de poissons rouges et de jacinthes d’eau jalonnent les trésors de l’ancien pouvoir féodal, entre de vastes terrains engazonnés, et une architecture riche de dorures et de couleurs. Au milieu des vastes espaces verts qui apportent un peu de fraîcheur, ce sont des portes majestueuses, des poèmes en idéogrammes gravés sur les murs, et des longs corridors aux colonnes laquées de jaune et de carmin.

 

Au cours de la conversation, elle finit par demander mon prénom reconnaissant mes origines vietnamiennes.

Au fond du restaurant, une photo de son mari avant la guerre surplombe la salle. A la fin du repas, c’est lui qui nous apporte un verre surmonté d’un curieux filtre en aluminium : la tradition du café vietnamien ne souffre pas la précipitation. Très lentement, le filtre laisse passer goutte après goutte le café, qui dissout la couche de lait concentré au fond du récipient. Les minutes passent et un liquide plus épais, dense en caféine, se forme au dessus du lait. Tandis qu’il le verse dans un verre à part rempli de glaçons, il nous invite à déguster le véritable rituel. Sa femme, quant à elle, en nous voyant nous empresser, nous conseille de savourer la visite de la Cité Impériale : 

« Prenez votre temps, il faut prendre son temps ! »

 

Pour ne pas bouder son plaisir, et voyager tranquillement au coeur de l’ancien Vietnam des empereurs, il faudra vraiment suivre son conseil.

 

 

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