Hanoï, poésie et adrénaline

Articles Vietnam

De toute part, des scooters renâclent sous le poids de deux, parfois même trois personnes… Ici, aucun feu de circulation. Il faut être téméraire et se lancer pour traverser. Dans la chaleur humide et effervescente de la capitale, Hanoï va et vient dans une chorégraphie incessante.

La plus vieille capitale de l’Asie du Sud-Est a fêté son millénaire en 2010 : c’est dans une intrigante intemporalité qu’Hanoï a traversé presque intacte la guerre de décolonisation, puis les bombardements lorsque les Américains s’investirent dans le conflit entre le Nord et le Sud. Et c’est encore en dépit de longues années d’austérité économique que son patrimoine a su tout de même être préservé au cours des siècles. Hanoï a su rester authentiquement vietnamienne tout en cultivant les souvenirs de la civilisation chinoise et française. Aujourd’hui, elle affiche avec fierté son pouls battant, son intense vie culturelle et ses édifices rénovés.
Hanoï s’est transformée en vibrante métropole.

Rue commerçante de Hanoi

C’est notre premier jour au Vietnam.

Deux instants bien réels se superposent lorsque nous battons le pavé du vieux quartier pour la première fois; l’éveil intermittent au milieu d’un rêve matinal en Asie, et le moment du coucher en France. La banalité du décalage horaire accentue la claque : dans un dédale de ruelles vivantes et colorées qui s’entrelacent, des artisans se sont regroupés par activité et ont établis sur la rive du Fleuve Rouge leurs étals de produits en tout genre. Chaussures, vêtements, soieries et objets en laque et bambou, c’est une profusion de marchandises partout où l’on pose le regard dans ce tumulte asiatique. Des vélos flanqués de paniers remplis d’artisanat sont poussés par des marchandes à chapeaux coniques. Dans la « ville au-delà du fleuve », poésie et adrénaline sont à l’image du déferlement de mobylettes vrombissantes : elles s’entremêlent sans jamais s’entrechoquer.

Marché de Hanoi

 

La brutale immersion alerte aussi l’odorat : les réchauds de cuisines de fortune distillent leurs parfums le long des trottoirs. N’obéissant à aucun rythme, on prend place sur les mini-tabourets en plastique et on y mange à n’importe quelle heure du jour. Dans la rue voisine, c’est un éventaire de produits alimentaires, friandises vietnamiennes, et diverses variétés de cafés fraîchement moulus, alcools importés, et produits de la street food vietnamienne. Poissons marinés, riz fermenté, épices de safran et galanga jonchent l’entrée de l’ancien quartier marchand. A quelques mètres de là, les boutiques de la rue du « Papier-Votif » vendent des imitations de richesses matérielles. Lingots d’or et autres faux billets de banques sont autant d’offrandes qui seront brûlées pour les esprits des ancêtres.

Lac Hoàn Kiếm, Hanoi

Lac Hoàn Kiếm, Hanoi

 

 

Les larges boulevards de l’ancienne concession française nous mènent jusqu’au lac Hoàn Kiếm. Au bord du plan d’eau, des amoureux du tai-chi se prêtent à des heures matinales devant le pont flamboyant. Près du grand arc de bois rouge, alors qu’ils enchaînent les gestes de l’art martial traditionnel dans une imperturbable chorégraphie, un groupe de jardiniers sont à la tâche. Les rangées d’oeillets rouges et les buissons de chrysanthèmes ceinturent les berges du lac dans un parc ombragé. Le fracas de la circulation qui s’est emparé des grands axes semble loin.

Nico a déjà sorti son appareil photo, et tandis qu’il capture l’âme nationale d’une femme vietnamienne en áo dài, je me réjouis que nous puissions déjà voir le port du vêtement traditionnel. Tout nous laisse deviner la place particulière de ce lieu dans le coeur des habitants, tant on y trouve un havre de paix, rempli d’histoire et de récits populaires.

Thap Rua, la petite tour de la Tortue commémore sa légende sur un îlot au centre du lac. Un glaive magique a été remis au XVe siècle à un modeste pêcheur par une tortue dorée, qui émergea de ces eaux. Lui permettant de chasser les Chinois jusqu’alors maîtres du pays, l’épée fut ensuite restituée à l’animal sacré.

Thai Rua, la tour de la Tortue, lac Hoàn Kiếm, Hanoi

A l’Ouest, le Temple de la Littérature représente la quintessence des traditions culturelles et millénaires du Vietnam. Le Temple confucéen s’organise autour de cinq cours séparées par des portails ornementaux. A l’entrée, quatre vingt deux hautes stèles datant du XVè siècle sont dressées chacune sur la carapace d’une tortue, affichant les listes de lauréats aux concours annuels. Devant ces animaux sacrés, symboles de longévité et de sagesse, des parties d’échecs aux pièces remplacées par des personnages en costume s’y déroulent pendant les fêtes du Têt.

Il faut passer derrière la maison des cérémonies pour entrer dans le Temple de Confucius, dominé par le rouge et l’or. Deux grues, oiseaux censés transporter l’âme au ciel, encadrent l’autel où le souverain et ses mandarins venaient faire des offrandes devant une tablette votive de Confucius.

Temple de la littérature - Hanoi


Pour découvrir plus de photos d’Hanoi, rendez-vous sur notre portfolio consacré au Nord du Vietnam !

TAG
RELATED POSTS

LEAVE A COMMENT