Au temps de Kyoto

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Il est de réputation qu’ici la précision soit une passion nationale. Et le ferroviaire, une religion… Alors sous ses airs de long serpent blanc, quand il s’échappe de Tokyo pour nous emmener à Kyoto, il y a tout de suite quelque chose de magique à regarder l’horloge en gare, et constater que le Shinkansen prévu à 10h34 commence à se mettre en mouvement à 10h33 et des poussières…

 

Shinkansen en gare de Kyoto

 

Une fois assis, encore émerveillés par l’exactitude absolue des horaires, le temps du trajet nous replonge tous deux dans ces premiers jours passés au Japon : la ville de Tokyo, sa démesure qui ont dévoilé jusqu’ici un pays aux codes inattendus, des comportements inhabituels, mais aussi soigneusement codifiés… Impossible de saisir toutes ces règles millimétrées en un seul voyage, car ces premiers jours ont suffit pour comprendre que la découverte d’un pays aussi riche que le Japon ne se mesure pas en étendue, mais bel et bien en profondeur. Résultat : avec une telle force culturelle et artistique, c’est encore une ville aux mille tableaux dont nous tombons sous le charme en arrivant à Kyoto.

Epargnée par les bombardements de la guerre et les séismes, Kyoto offre un véritable plongeon dans le passé féodal du pays et affiche sans retenue les marques du temps. C’est se promener dans un Japon presque médiéval, et renouer avec un temps où l’on marchait les pieds dedans sur des socques de bois.

Nous sommes fin Mars, et il flotte dès notre arrivée un léger vent d’ébriété sur la ville : la floraison des cerisiers est en avance cette année, et toutes les ruelles se sont vêtues de rose et de blanc, portant fièrement l’habit du printemps qui explose alors à chaque coin de rue. Les yama sakura sont les premiers à fleurir, puis l’espèce blanche donne le pas aux shidare sakura, de magnifiques pleureurs aux corolles roses.

 

Sakura sur le chemin de la philosophie à Kyoto

 

De jeunes japonaises, apprêtées pour l’occasion de kimonos assortis aux pétales, prennent la pose sous les branches chargées de fleurs. Les rues se parcourent sans fin dans ces quartiers anciens, ces maisons de thé et ces bâtisses en bois d’époque. Un spectacle grandeur nature qui prend encore plus d’ampleur lorsque le jour amorce sa descente : la foule se presse alors le long du canal de Takasegawa sur le « Chemin de la Philosophie », pour admirer le jeu de lumière embraser une voûte de corolles aux couleurs de dragées. Bordée d’échoppes artisanales, la balade romantique s’étale sur deux kilomètres. La poésie des couleurs n’est pas une vaine expression : sur ce parcours initiatique qui se fait alors mélancolique ou joyeux selon l’humeur, les saisons ont l’habitude de marquer leur passage.

Une fois le soir venu, c’est l’entrelacs de ruelles de Pontocho qui offre des chemins truffés d’histoires et de lunes espiègles, sur lesquels il faut déambuler pour traquer l’âme de Kyoto. Les nuits s’égrènent alors aux lumières des lanternes et au fil de venelles trop étroites pour laisser passer plus de quatre piétons de front. A ce moment venu, rien n’ose alors déchirer le silence douillet de ce quartier de Gion : on essaye plutôt de régler son pas sur celui d’une geisha juchée sur ses geta en laque, venue exercer son art dans une des maisons de thé qui bordent la ruelle. Si on a la chance d’en apercevoir une !

 

Quartier de Gion à Kyoto

 

C’est le genre d’endroit tout immobile où l’on réalise un voyage dans un voyage, un endroit qui nous emporte avec lui dans son passé, son histoire et sa culture.

Témoins aussi d’un monde immobile, d’une esthétique fixée pour l’éternité, les jardins. Conçus comme des tableaux créés pour charmer l’oeil une fois assis devant, tout ce qui les compose incite à la sérénité : c’est d’abord la pénombre d’une cérémonie du thé qui se déroule silencieusement à l’intérieur du pavillon, puis les portes coulissantes en papier de riz qui s’ouvrent sur le jardin sec et une mer de sable blanc. De là émergent quelques rochers épars dressés sur des bords de mousse vert tendre, qui ponctuent un océan de pierre. La philosophie du « zen » se fige alors dans une irréelle perfection, et c’est une extrême simplicité qui finalement déroute. Le regard sautille de pierre en pierre dans une parfaite atmosphère méditative. Tout y est à sa place.

 

Jardin zen à Kyoto

 

Près du jardin sec Ryoan-ji, l’incroyable « Pavillon d’Or » se dresse devant un lac qui nous renvoie, deux fois plutôt qu’une, à toute sa majesté et son éclatante lumière. Ses murs sont revêtus de feuilles d’or, et le pavillon s’embrase alors littéralement sous le poids du soleil en pleine journée. L’ancienne demeure du shogun est devenue un emblème national au Pays du Soleil Levant. Au bout du circuit de découverte encerclé par les pins taillés en nuage, on y sonne une cloche pour implorer la bénédiction divine, et on dépose une pièce dans la timbale avant de faire une prière.

 

Le pavillon d'or à Kyoto

 

Mais impossible de saisir toute la vie spirituelle de Kyoto sans traverser les milliers de portiques vermillon qui donnent sur le sanctuaire Fushimi Inari.

Ce sanctuaire est un des plus vieux du Japon, et laisse découvrir un culte qui rythme la vie quotidienne de millions de japonais : la voie des divinités, ou shinto en japonais, est un culte multiforme qui compte plus de cent millions d’adeptes, et dont les racines se perdent aux confins des âges. 

Lorsque l’on emprunte le chemin de randonnée qui s’ouvre dans la vallée, c’est sous plus de dix mille torii rouges que ce sanctuaire dédie ses pèlerinages à la déesse du riz Inari. Au pied du mont vénérable qui culmine à deux cent trente trois mètres, l’entrée du sanctuaire sépare ainsi l’espace profane de l’espace sacré. De là, le sol est foulé chaque année par des millions de pèlerins venus s’attirer les bonnes grâces de la déesse, priant pour la prospérité et la protection. Ainsi protégé du monde extérieur par ces milliers de torii, entouré de bambous et de forêt sombre, le chemin de l’ascension du mont Inari s’effectue aussi au gré de multiples petits sanctuaires qui bordent le chemin, ornés le plus souvent de torii votifs miniatures, disposés pêle-mêle, ou de figurines de renard.

 

Fushimi Hinari - Kyoto

 

Le soleil se couche déjà lorsque nous entamons le chemin du retour. Il faut à présent quitter la magie de ce lieu en prenant garde de traverser à nouveau le portique vermillon sous peine de resté bloqué dans le monde spirituel…

Nos meilleures photos de Kyoto sont à découvrir dans notre portfolio Kyoto et alentours !

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